Par Nouh Mohamed Mahmoud
La prise de parole de Mme Hawa Diallo Abou Moussa, présidente du Festival « Yaro Bari » et directrice générale de l’Office national du tourisme, lors de l’ouverture du festival dans la moughataa de Maghama, ne fut pas un simple discours inaugural. Elle revêtait une portée nationale particulière qui mérite que l’on s’y attarde.
Dans une région à forte concentration d’une composante nationale non arabophone, Mme Hawa Diallo, issue de la communauté peule, a choisi de s’adresser au public du festival dans une langue arabe classique, élégante et maîtrisée. Devant une assistance officielle et populaire nombreuse, cette scène a illustré la capacité de la langue à devenir un pont de communication entre les différentes composantes de la société, plutôt qu’un facteur de distance entre elles.
La portée de cette démarche tient également au fait qu’elle émane d’une personnalité issue du même environnement et porteuse de ses particularités culturelles, mais qui a choisi, à l’occasion d’un événement à dimension nationale, de prononcer un discours dans une langue fédératrice. Le message est clair : la fierté que l’on porte à sa spécificité culturelle n’est nullement incompatible avec l’appartenance à un espace national commun.
Le discours s’inscrivait, par ailleurs, dans l’esprit même du Festival « Yaro Bari », qui ne se limite pas à célébrer les éleveurs et leur patrimoine. Il constitue également un espace de dialogue et de coexistence, tout en mettant en lumière les questions liées au développement, à l’élevage, aux pâturages et à l’eau. Il contribue ainsi à renforcer la place de la culture et du patrimoine en tant que leviers du développement et de la cohésion sociale.
Cette scène a suscité un large sentiment de satisfaction chez des observateurs venus de différentes régions du pays, parce qu’elle a offert une image sereine et concrète de la Mauritanie plurielle : une Mauritanie où les différentes composantes peuvent préserver leurs particularités tout en se retrouvant autour d’un discours national fédérateur.
Le mérite de Hawa Diallo Abou Moussa ne réside donc pas seulement dans le choix de la langue, mais surtout dans le message que cette langue a véhiculé : une jeune femme issue d’une composante non arabophone se tient à Maghama et s’adresse à ses populations en arabe classique, affirmant ainsi, par les actes autant que par les paroles, que la diversité linguistique ne saurait occulter l’unité de la patrie.
La démarche peut paraître simple dans sa forme, mais elle est noble et profonde dans sa signification. Elle mérite d’être considérée comme un message national qui dépasse largement les limites du Festival « Yaro Bari » pour s’adresser à la Mauritanie tout entière.
