Dans un contexte international marqué par le ralentissement économique, les tensions commerciales et l’incertitude géopolitique, la Mauritanie parvient à tirer son épingle du jeu sur le front des finances publiques. À contre-courant de la tendance mondiale, le pays enregistre une nette amélioration de ses recettes fiscales et douanières. Une performance qui n’a rien du hasard, mais résulte d’une profonde refonte de la stratégie de mobilisation des ressources internes, pilotée par le ministère des Finances et mise en œuvre par la Direction générale des Douanes (DGD) et la Direction générale des Impôts (DGI).
Cette véritable «révolution copernicienne» en matière de recouvrement repose sur une approche méthodique, alliant élargissement de l’assiette fiscale, amélioration de la collecte et lutte renforcée contre l’économie informelle. À cela s’ajoute une maîtrise accrue des dépenses publiques, notamment par la réduction progressive des exonérations fiscales et la rationalisation des dépenses de fonctionnement. L’objectif est clair : renforcer la transparence, améliorer l’efficacité budgétaire et inscrire les choix fiscaux dans une logique de soutenabilité à long terme, appuyée par des analyses régulières intégrées aux lois de finances.
Des douanes en performance historique
Les résultats sont sans équivoque. En 2025, les Douanes mauritaniennes ont signé une performance qualifiée d’historique, avec une hausse de plus de 20 % des recettes par rapport à 2024. Les recettes douanières ont atteint 40,50 milliards d’ouguiyas (MRU), contre environ 33,60 milliards MRU un an plus tôt. Un bond significatif qui dépasse largement les prévisions initiales fixées à 37 milliards MRU pour l’exercice 2025.
L’intégralité de ces recettes a été reversée au Trésor public, contribuant directement au financement des biens et services collectifs et renforçant la capacité de l’État à soutenir ses politiques publiques. Cette embellie intervient pourtant dans un environnement international peu favorable, ce qui confère à cette performance une portée particulière.
Lutte contre la contrebande et digitalisation en première ligne
Plusieurs leviers expliquent cette dynamique. Les autorités douanières mettent en avant l’intensification de la lutte contre la contrebande, longtemps identifiée comme l’un des principaux freins à l’optimisation des recettes. La digitalisation progressive des procédures douanières a également joué un rôle déterminant, en améliorant la traçabilité des opérations, en réduisant les délais de traitement et en limitant les pratiques frauduleuses.
Sous l’impulsion du colonel Khaled Ould Saleck, les Douanes nationales ont engagé des réformes organisationnelles axées sur l’efficacité opérationnelle, le renforcement des capacités humaines et une meilleure coordination avec les acteurs économiques. Autant de mesures qui ont permis de restaurer la confiance et d’améliorer le rendement de l’administration.
Impôts : cap maintenu et potentiel encore inexploité
Du côté de la Direction générale des Impôts, la dynamique est tout aussi positive. En 2025, la DGI a collecté 35,67 milliards MRU, soit 101,13 % des prévisions, contre 35,27 milliards MRU en 2024. Les recettes fiscales consolidées (DGD et DGI confondues) ont ainsi atteint 73,94 milliards MRU, représentant 62,10 % du budget de l’État.
La loi de finances 2026 s’inscrit dans cette continuité, avec des recettes fiscales prévues à 128,79 milliards MRU, traduisant l’ambition des autorités d’approfondir les réformes, notamment à travers une digitalisation accrue et une meilleure efficience opérationnelle.
Pour autant, les marges de progression restent importantes. Avec un taux de pression fiscale estimé à 16 % du PIB, contre une moyenne de 20 % dans la sous-région, la Mauritanie dispose encore d’un potentiel fiscal significatif. Un gisement que les administrations des Douanes et des Impôts entendent progressivement exploiter, afin de consolider durablement les finances publiques et renforcer la résilience économique du pays face aux chocs mondiaux.
Par Mohamed Sneiba
Source : Afrimag (Casablanca, Maroc)
