Où sont passés les 40 dollars par baril ? Le mystère des prix des carburants en Mauritanie

Où sont passés les 40 dollars par baril ? Le mystère des prix des carburants en Mauritanie

Depuis le début de l'année 2022, lorsque le prix du baril de pétrole atteignait environ 100 dollars, le gouvernement mauritanien a décidé d'adopter une nouvelle structure tarifaire pour les carburants, suite à la signature d'un contrat d'approvisionnement avec la société Addax Energy. Les autorités ont alors justifié les prix élevés par "la situation internationale après la pandémie de COVID-19" et "la demande mondiale croissante d'énergie".

Cependant, ces prix sont restés quasiment stables pendant quatre ans, malgré un recul significatif sur le marché mondial, où le prix du pétrole a chuté de plus de 40% jusqu'à fin 2025. Cela soulève de sérieuses questions sur les mécanismes de gestion du secteur et la transparence de la fixation des prix au niveau local.

Entre 100 et 60 dollars : où la baisse a-t-elle disparu ?

Les données internationales montrent que les prix du pétrole ont progressivement baissé comme suit :

*   2022 : environ 100 dollars le baril.

*   2024 : entre 79 et 83 dollars le baril.

*   2025 : moins de 60 dollars le baril.

Sur la base de cette baisse évidente, les prix des produits pétroliers auraient dû diminuer sur le marché intérieur dans des proportions similaires à la baisse mondiale. Or, les prix sur le marché mauritanien sont restés inchangés, sans aucune modification notable. La conséquence inéluctable est que le citoyen continue de payer un coût de pétrole élevé, tandis que l'État et la société distributrice profitent d'une marge importante sur les prix et les bénéfices.

Contrat Addax Energy : un coût pour le citoyen… et des profits pour les autres

L'accord signé entre l'État mauritanien et la société Addax Energy prévoyait la construction de dépôts stratégiques en 16 mois, pour un coût total de 36 millions de dollars, ce coût devant être prélevé sur 24 mois pendant la durée du contrat.

Cependant, en réalité, ce coût a été directement répercuté sur le consommateur à travers les prix élevés appliqués entre 2023 et 2024, le montant ayant été entièrement remboursé dans la marge de prix appliquée sur le marché local. Plus grave encore, après la fin de la période de remboursement, les prix n'ont pas été réduits pour refléter la disparition de cette charge financière, mais sont restés les mêmes, comme si rien n'avait changé.

Les calculs montrent que le coût de ces dépôts à lui seul aurait dû générer une économie annuelle de près de 18 millions de dollars en 2025 et 2026, soit l'équivalent de 18 dollars par tonne de carburant. Cependant, cette économie ne s'est pas reflétée dans la structure tarifaire locale, ce qui signifie que des profits injustifiés continuent d'être perçus.

En combinant les différentes données : de la baisse des prix mondiaux à la fin du coût des infrastructures ; il est clair qu'une marge bénéficiaire importante est réalisée au détriment du citoyen mauritanien.

Sachant que la consommation nationale de carburants est estimée à environ un million de tonnes par an, le revenu net de cette marge varie entre 18 et 25 millions de dollars par an pendant la période 2023-2025. Ces sommes sont majoritairement destinées à la société contractante et peut-être au Trésor public, sans que le citoyen ne ressente le moindre allégement des prix.

Le véritable problème, selon les experts en énergie, ne réside pas dans les fluctuations du marché international, comme le déclare le ministre de l'Énergie, mais dans un système de tarification interne opaque qui manque de transparence et ne reflète pas la volatilité des prix mondiaux. Dans les pays voisins, comme le Maroc et le Sénégal, des comités nationaux de tarification publient des bulletins mensuels basés sur des équations claires entre le prix du pétrole brut, le coût du raffinage, du transport et des taxes. En Mauritanie, les prix restent soumis à des décisions administratives non annoncées, ce qui fait que le citoyen supporte un prix bien supérieur aux coûts réels.

La gestion du secteur des carburants est ainsi devenue un outil financier non déclaré, exploité pour couvrir le déficit de l'État ou garantir des bénéfices supplémentaires aux entreprises contractantes, au lieu d'être un mécanisme économique équitable qui équilibre les intérêts de l'État, du consommateur et de l'investisseur.

Sultan Elban

01-02-2026

LONDRES-CCCU

 

Source : traduit de l'arabe https://www.facebook.com/share/p/188CZB7Fzx/