L'opposition juge la prolongation des mandats présidentiels « inconstitutionnelle et dangereuse ».

Le débat s'est intensifié en Mauritanie suite aux appels lancés par la majorité au pouvoir en faveur d'une réforme de la Constitution, notamment des articles inaliénables qui empêchent le président de briguer un troisième mandat. Ces demandes continuent aujourd’hui de susciter de vives polémiques au sein de la sphère politique.

La Mauritanie avait inscrit en 2005, ces articles inaliénables dans sa Constitution, qui ne peut être modifiée, limitant ainsi le mandat présidentiel à deux. La Constitution exige également du président qu'il prête serment de ne pas solliciter de modifications de ces articles.

Mohamed Ould Cheikh Ghazouani, 70 ans, général à la retraite de l'armée mauritanienne, dirige le pays depuis son élection en 2019 et sa réélection en 2024. Aux termes de la Constitution actuelle, il ne peut se représenter aux élections de 2029.

Le débat sur les amendements constitutionnels a débuté lorsque l'ancien parlementaire Mohamed Ould Bebana a appelé à rompre le silence entourant les articles immuables de la Constitution, suscitant de vives réactions dans le paysage politique.

« La question de la limitation des mandats présidentiels doit être abordée lors du prochain dialogue national et le nombre de mandats doit être réexaminé » avait déclaré Ould Bebana, ancien ambassadeur de Mauritanie au Qatar.  

La Constitution n’est pas sacrée avait dit Bebana lors d’un événement politique local, critiquant vivement ce qu'il a appelé « le mépris des spécificités nationales et la nécessité de s'éloigner des modèles importés qui pourraient ne pas être compatibles avec les exigences de stabilité et la poursuite du développement de la Mauritanie ».

Ces déclarations ont coïncidé avec une tournée du Président mauritanien Mohamed Cheikh El Ghazouani dans les villes de l'intérieur, plus précisément au Gorgol, où il se trouve actuellement à la dernière étape dans la Moughataa de Monguel.

Son Excellence a rencontré les habitants pour discuter des enjeux du développement local. Toutefois certaines voix estiment que , cette tournée a été éclipsée par le débat sur la constitution et la limitation des mandats présidentiels, plusieurs personnalités politiques appelant le président à amender la constitution.

Toujours dans le cadre de cette polémique, l'ancien parlementaire mauritanien Dane Ould Outhmane avait déclaré lui aussi, lors d'une réunion en présence du Président Ghazouani, que « limiter les mandats présidentiels à deux n'était pas un choix judicieux », soulignant que « le peuple est l'arbitre ultime du choix de ses dirigeants, et aucune limite ne devrait être imposée à la volonté des électeurs ».

Le président mauritanien n'a pas commenté ces revendications, s’abstenant de les approuver ou de les rejeter, comme il n’a pas instruit ceux qui les véhiculent de ne pas s’adonner à cet exercice.

Il convient de noter que Son Excellence avait déclaré il y a quelques mois que le dialogue national envisagé « n'exclurait aucun sujet »,  rejetant pour la même circonstance toute discussion sur l'élection présidentielle de 2029, la qualifiant de « prématurée ».

Ces revendications ont suscité la colère de l'opposition et de certains pôles au sein de la Majorité présidentielle.

Le député d'opposition Mohamed Lemine Ould Sidi Maouloud a qualifié ces mesures d'« inconstitutionnelles ».

Et d’ajouter : «Parler de la volonté du peuple est irréaliste et extrêmement dangereux. Quiconque observe la fragilité des États qui nous entourent comprend la valeur de la stabilité et des transitions pacifiques du pouvoir, aussi imparfaites soient-elles. »

Et de poursuivre : « Personnellement, je suis certain que le président de la République ne mettra pas en péril la stabilité de son pays. Il est parfaitement au fait des questions militaires et sécuritaires et ne se laissera pas influencer par les appels individuels de ceux qui cherchent à s'implanter auprès de lui ou à consolider leur propre position, plutôt que de vouloir véritablement le soutenir et de le maintenir au pouvoir, et plus qu’ils ne se soucient de la sécurité et de la stabilité du pays. »

 «La Mauritanie est un pays fragile, menacé par de nombreux problèmes tels que la drogue, les migrations, la pauvreté, l'ignorance et la fragmentation sociale », a affirmé Ould Maouloud, selon lequel, compte tenu du contexte régional, quiconque cherche à provoquer une nouvelle crise, surtout de cette nature, ne souhaite ni le bien du pays ni celui du Président, quelles que soient ses bonnes intentions.

De son côté, le diplomate mauritanien Mohamed Ould El Mounir a cosigné un article avec l’activiste politique Abderrahmane El Yessa, dans lequel ils affirment que « chercher à se maintenir au pouvoir en exploitant les failles juridiques et en mobilisant l'État profond et les réseaux de clientélisme n'est pas une option viable, mais une approche dépassée. »

L'article met en garde contre le franchissement des lignes rouges, soulignant que toute tentative de modifier la limitation constitutionnelle des mandats, quelles que soient sa forme, ses mécanismes ou ses justifications, saperait les fondements fragiles de l'État et compromettrait la légitimité même de l'autorité.