Mauritanie : l’impôt à l’épreuve du développement

Dans un contexte marqué par une économie en mutation et des besoins publics croissants, l’impôt occupe une place centrale dans les stratégies de développement de la République Islamique de Mauritanie. Longtemps perçu comme une simple contrainte budgétaire, il s’impose aujourd’hui comme l’un des instruments les plus importants pour assurer la souveraineté financière et la et la cohésion sociale.

 

Une fiscalité qui se structure dans le temps

 

Depuis l’indépendance, la filiation historique de la fiscalité mauritanienne reflète l’effort continu pour adapter un système héritier du colonialisme à une économie moderne. Dans les années post-indépendance, l’État a établi les bases d’une administration fiscale nationale. Durant les décennies suivantes, l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la professionnalisation des services fiscaux et des réformes successives du Code général des impôts ont cherché à élargir la base fiscale et à améliorer les recettes publiques.

 

Des recettes fiscales en progression — mais encore modestes

 

Selon les données économiques récentes, les recettes fiscales mauritaniennes représentaient environ 14,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2022, en hausse graduelle par rapport aux années précédentes (14,4 % en 2021, 12,6 % en 2020). Cette pression fiscale demeure relativement faible comparée à celle de nombreux pays africains, mais elle est en croissance. 

Les statistiques du Fonds monétaire international (FMI) montrent que les recettes totales (incluant fiscales et non fiscales) ont représenté autour de 24,5 % du PIB en 2022, avant de légèrement refluer à environ 22,5 % en 2023. Cela reste néanmoins supérieur aux niveaux observés au début de la décennie précédente, reflet du renforcement des mobilisations internes. 

Dans le projet de loi de finances 2026, les autorités tablent sur une hausse des recettes totales à environ 128,79 milliards d’ouguiyas, soit une progression de plus de 10 % par rapport à l’année précédente. Les recettes fiscales y progressent de près de 12 %, signe que les efforts de modernisation et d’élargissement de l’assiette portent leurs fruits. 

 

Ce qui compose les recettes : une structure encore dépendante de certains secteurs

 

Dans la structure attendue des recettes fiscales pour 2025, les divers impôts et taxes confirment l’importance des impôts sur le revenu, sur les salaires, la TVA et les contributions des entreprises extractives, notamment dans les secteurs miniers et industrielles. Pour l’exercice 2025, le total des prévisions fiscales (issues de la Direction générale des impôts) devrait avoisiner 35,27 milliards d’ouguiyas selon le cadre de la loi de finances révisée. 

Des taux d’imposition significatifs, une pression qui doit s’élargir

Sur le plan des taux, l’impôt sur le revenu des personnes physiques en Mauritanie peut atteindre jusqu’à 40 % au maximum, un niveau relativement élevé dans la région, tandis que la TVA est appliquée à 16 %, et le taux de l’impôt sur les sociétés autour de 25 %. 

Malgré ces taux importants, la pression fiscale (recettes fiscales rapportées au PIB) reste en deçà des niveaux potentiels estimés par les institutions internationales, qui jugent que la Mauritanie pourrait augmenter ses recettes fiscales de plusieurs points de PIB en améliorant l’assiette, la conformité et l’administration fiscale. 

L’impôt : instrument de souveraineté et de cohésion sociale

Au-delà de simples statistiques, les impôts ont une fonction stratégique : ils financent l’éducation, la santé, les infrastructures et la sécurité — autant de secteurs essentiels pour une nation qui cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux matières premières. Un système fiscal plus performant permet non seulement de stabiliser les finances publiques face aux aléas mondiaux, mais aussi de redistribuer les ressources et de réduire les inégalités socio-territoriales.

Cependant, des défis demeurent : la dominance du secteur informel, la complexité de certaines procédures fiscales, et le besoin de renforcer la confiance entre les citoyens et l’administration fiscale. Beaucoup estiment que pour transformer l’impôt en un réel moteur de développement, il faut aller au-delà des chiffres et développer une culture fiscale inclusive, transparente et équitable.

En conclusion, dans la Mauritanie du milieu des années 2020, l’impôt est à un tournant : bien plus qu’un prélèvement obligatoire, il est désormais considéré comme un véritable levier de souveraineté économique et sociale, capable de soutenir la vision du pays à long terme.

 

Sneiba Mohamed