Khaled : la Mauritanie n’importe pas de pétrole brut, mais dépend de l’importation de ses produits raffinés

Les récentes transformations géopolitiques ont eu un impact direct sur les prix des produits pétroliers raffinés à l’échelle mondiale, entraînant des augmentations significatives qui ont imposé des défis supplémentaires au budget de l’État, a déclaré aujourd’hui lundi, le ministre de l’Énergie et du Pétrole, M. Mohamed Khaled.

Le gouvernement avait pris des mesures concernant les prix des carburants il y a quelques mois, sur la base d’études du début de l’année, qui indiquaient que les prix mondiaux étaient d’environ 60 dollars, avec une prévision de baisse, ce qui a nécessité de fixer le prix du gasoil à 500 ouguiyas, de sorte que l’État supporte toute augmentation dépassant ce niveau, a précisé Khaled.

Si le prix baisse en dessous de 500 ouguiyas, la différence revient au Trésor public de l’État, a ajouté le ministre, selon lequel, le Président Ghazouani a ordonné que toute baisse doit se répercuter directement en faveur du citoyen.

Toujours selon lui, la première application de ce mécanisme, il y a environ deux mois, a entraîné une réduction du prix du gasoil à 487 ouguiyas, avant que les prix ne commencent à augmenter progressivement, pour atteindre plus tard 511 ouguiyas pour le gasoil, tandis que le prix de l’essence est passé de 538 à 511 ouguiyas.

Ces hausses ont fini par une envolé du prix du gasoil, devenu plus cher que l’essence sur le marché mondial, a-t-il indiqué.

La Mauritanie n’importe pas de pétrole brut, mais dépend de l’importation de ses produits raffinés, a expliqué Khaled, selon lequel, les prix de ces produits ne reflètent pas nécessairement directement le prix du pétrole brut.

S’expliquant plus sur ce paradoxe, le ministre a mis en exergue l’influence par de multiples facteurs, y compris les coûts de raffinage et de transport et les différences de niveaux de demande entre les régions, où la consommation de diesel est plus élevée dans des régions comme le Moyen-Orient et l’Asie par rapport à l’Europe.

Une augmentation de 5% du prix du pétrole brut ne signifie pas nécessairement une augmentation similaire des prix de l’essence ou du gasoil, en l’absence d’une relation directe et constante entre eux, a-t-il précisé.

La Mauritanie importe cinq principaux produits pétroliers : le gasoil, l’essence, le fioul, le kérosène et le gaz de cuisson, a poursuit Khaled.

Le ministre de l’énergie a passé en revue ensuite l’évolution des prix mondiaux de ces matériaux, expliquant que le prix de la tonne de gasoil est passé de 726 dollars avant la guerre à 1318 dollars vendredi dernier, soit une augmentation de 82%.

Le prix de la tonne d’essence est passé quand à lui de 699 à 1072 dollars, soit 53%, et le fioul de 390 à 655 dollars, soit 58%, tandis que le prix de la tonne de gaz de cuisson est passé de 787 à 1388 dollars, soit 76%.

 

Le prix d’achat d’un litre de gasoil vendredi dernier était de 745 ouguiyas, alors qu’il est vendu dans les stations à 512 ouguiyas, ce qui signifie que l’État supporte une différence de 233 ouguiyas par litre, soulignant que le prix d’achat a augmenté aujourd’hui à 822 ouguiyas, portant la différence à 310 ouguiyas par litre.

Ceci signifie que l’État supporte près de 3000 ouguiyas lorsque le citoyen achète du gasoil d’une valeur de 5000 ouguiyas, a ajouté le ministre, affirmant que ce soutien représente un lourd fardeau pour le budget de l’État, qui finance des secteurs essentiels tels que l’éducation, la santé, l’électricité, l’eau et d’autres services de base.

L’État a dépensé environ 17 milliards d’ouguiyas au cours des trois derniers mois pour subventionner les carburants, a indiqué Khaled, notant que la majeure partie de ce soutien a été enregistrée en mars, coïncidant avec le déclenchement de la guerre et le début de la forte hausse des prix mondiaux.

Concernant le gaz de cuisson, le ministre a expliqué que le prix d’une bouteille de 12 kg chez les vendeurs est de 3000 ouguiyas, tandis que l’État supporte une subvention allant jusqu’à 6230 ouguiyas par bouteille, avertissant que la poursuite de cette situation pourrait coûter à l’État environ 45 milliards d’ouguiyas.

Le Ministre a souligné que les subventions aux carburants représentent actuellement environ 13% du budget de l’État, notant qu’un certain nombre de pays ont pris des mesures similaires pour faire face à cette crise.

Certains ont augmenté les prix du carburant, tandis que d’autres ont eu recours à des politiques de rationalisation de la consommation, telles que la réduction des activités nocturnes et l’encouragement du télétravail pour réduire les coûts de transport.

Il a conclu en affirmant la disponibilité des produits pétroliers dans le pays et l’existence de stocks suffisants pour plusieurs mois, expliquant que le problème actuel ne concerne pas l’abondance, mais plutôt la hausse des prix mondiaux.

Il a également réitéré l’engagement de l’État, en application des directives du Président de la République, à continuer de soutenir les citoyens et d’atténuer les effets de ces hausses, appelant en même temps à rationaliser la consommation d’énergie pendant cette période jusqu’à ce que les prix reviennent à leurs niveaux normaux.

En réponse aux questions des journalistes lors de la conférence de presse, le ministre de l’Énergie et du Pétrole a déclaré que le secteur dispose d’un organisme de contrôle qui surveille en permanence la situation de l’approvisionnement en carburant et le respect des prix approuvés, soulignant que quiconque stocke des produits pétroliers sans autorisation, ou ne respecte pas la vente au prix fixé dans les stations, est passible de sanctions légales.

Le ministre a affirmé que le renforcement des capacités de stockage représente une étape importante pour garantir la disponibilité d’un stock stratégique national de carburants, malgré l’existence d’avis techniques selon lesquels l’abondance de l’approvisionnement régulier pourrait réduire le besoin de stockage important. Cependant, le secteur s’efforce de résoudre ce problème en augmentant les capacités de stockage nationales.

Concernant le projet de la Grande Tortue Ahmeyim (GTA), le ministre a expliqué que les travaux sont actuellement en cours dans la première phase du projet, et que les discussions se poursuivent concernant le passage à la deuxième phase.

Il a souligné que la crise internationale actuelle, malgré ses répercussions négatives sur le Trésor public à court terme, pourrait avoir des effets positifs sur la Mauritanie à moyen et long terme, en tant que pays producteur de gaz naturel et bénéficiant d’une position géographique privilégiée relativement éloignée des zones de tension, en plus de sa proximité avec le marché européen, ce qui pourrait renforcer les opportunités d’investissement dans le secteur de l’énergie pendant la phase à venir.