L'opposition qualifie l'arrestation de Mariem et Gamou d'illégale et de violation flagrante de leur immunité parlementaire

Les autorités mauritaniennes ont arrêté deux députées d'opposition pour avoir publié des vidéos contenant de vives critiques à l'égard du président Mohamed Ould Ghazouani, provoquant une vague d'indignation et de condamnations.

La police mauritanienne avait interpellé hier vendredi, la députée Gamou Achour à son domicile sis dans la Moughataa d'Arafat relevant de Nouakchott Sud, quelques heures seulement après l'arrestation de la députée Mariem Mint Cheikh.

Mme Achour a été arrêtée peu après avoir participé à une manifestation devant la brigade spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité, pour protester contre l'arrestation de sa collègue Mariem Mint Cheikh.

Les deux députées ont été arrêtées suite à la diffusion en ligne de vidéos, dans lesquelles elles critiquent avec virulence le président Ghazouani.

Les deux parlementaires militent au sein du Mouvement IRA (l'Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste), un mouvement anti-esclavagiste dirigé par le défenseur des droits de l’homme et député Biram Ould Dah Ould Abeid.

Les blocs parlementaires d'opposition ont condamné l'arrestation des deux députées, la qualifiant d'« illégale et en violation flagrante de leur immunité parlementaire », et ont exigé leur libération immédiate. Ils ont fait valoir que ces arrestations avaient été effectuées « sans respect des garanties légales relatives à l'immunité parlementaire ».

Dans une déclaration commune, ces blocs ont également affirmé que l'arrestation des députées constituait « une escalade arbitraire du pouvoir exécutif et une violation du principe de séparation des pouvoirs ».

Pour sa part, le député Biram Ould Dah Ould Abeid a déclaré que l'arrestation des deux députées « constitue une injustice et une violation de la loi », considérant qu'elle avait été effectuée sans respect des procédures légales relatives à la levée de l'immunité parlementaire.

Lors d'une conférence de presse tenue vendredi, M. Ould Abeid a expliqué que l'arrestation des deux députées constituait, selon ses termes, une violation de l'autorité législative et une attaque directe contre le mouvement auquel elles appartiennent. Il a accusé le régime de tenter de créer des tensions ethniques en ciblant les militants de l'IRA, appelant plutôt à se concentrer sur les problèmes de corruption et d'inflation, plutôt que de s'engager dans ce qu'il a qualifié de « polarisation ethnique ». Il a également exhorté ses partisans à se concentrer sur les questions de subsistance, les mettant en garde contre le risque de se laisser entraîner dans des tentatives de détournement d'attention des priorités économiques et sociales.

Ould Abeid a affirmé que le président Mohamed Ould Cheikh Ghazouani devrait se préparer à quitter ses fonctions à la fin de son mandat, tout en critiquant la politique gouvernementale en matière d’autorisation des partis et de nominations.

En réponse à ces sorties médiatiques de l’IRA, le parquet a déclaré avoir décidé d'ouvrir une enquête et d’engager des poursuites contre les deux parlementaires « prises en flagrant délit ». Dans un communiqué, le parquet a ajouté que « le fait d'être pris en flagrant délit constitue une exception manifeste au principe d'immunité parlementaire, conformément à l'article 50 de la Constitution mauritanienne et à l'article 85 du Règlement intérieur de l'Assemblée nationale ».

Le parquet a confirmé que les agissements des deux parlementaires ont été retransmis en direct : « ce qui constitue un cas juridiquement établi de flagrant délit, avec ses conséquences directes, et autorise le parquet à engager des poursuites immédiates.» Il a souligné que l’application de la loi « demeure un principe non susceptible de réduction ni d’exception, sauf disposition expresse du texte. Tout acte relevant du champ d’application de la loi sera poursuivi et fera l’objet des procédures légales nécessaires, quels que soient le statut de l’auteur ou les circonstances.»

Le parquet a réaffirmé sa « ferme volonté d’exercer ses fonctions avec la plus grande fermeté et constance, afin de garantir l’État de droit, de protéger la société, de préserver l’intégrité des institutions et de défendre les droits et la réputation des personnes. »