Nouakchott : forte mobilisation continentale autour de la transformation des systèmes agroalimentaires.

La 34e session de la Conférence régionale de la FAO pour l’Afrique s’est ouverte à Nouakchott dans un contexte de forte mobilisation continentale autour de la transformation des systèmes agroalimentaires. 
 

Pendant cinq jours, responsables gouvernementaux, experts techniques et partenaires de développement débattent des politiques à mettre en œuvre pour renforcer la sécurité alimentaire, accélérer les investissements et améliorer la résilience des économies rurales africaines.
 

Dès l’ouverture officielle, le ministre mauritanien de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, S.E. Mohamed Ahmedou Mhaimid, a donné le ton des travaux en insistant sur la nécessité de moderniser les systèmes de production et de renforcer les chaînes de valeur agroalimentaires. 
 

Il a souligné les défis liés à la hausse des coûts des intrants, aux effets du changement climatique et à la volatilité des marchés, tout en appelant à des solutions « réalistes et fiables » fondées sur des investissements structurants et des partenariats public-privé renforcés.
 

Dans la même dynamique, Abebe Haile-Gabriel, directeur général adjoint de la Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et représentant régional pour l’Afrique, a rappelé l’urgence d’une réponse coordonnée face à la convergence des crises climatiques, économiques et sécuritaires.
 

Il a insisté sur la nécessité de construire des systèmes agroalimentaires capables d’absorber les chocs sans aggraver l’insécurité alimentaire, appelant à une mise en œuvre rigoureuse des politiques, à des investissements coordonnés et à un leadership politique soutenu au niveau national.
 

Au cœur des travaux techniques, les discussions ne se limitent plus à l’agriculture au sens strict. Elles adoptent une approche intégrée et multisectorielle des systèmes agroalimentaires, englobant l’agriculture, l’élevage et la pêche. 
 

Cette vision élargie reflète une réalité structurelle du continent : la sécurité alimentaire et les revenus ruraux reposent de plus en plus sur des systèmes productifs complémentaires, où la diversification constitue un levier central de résilience.
 

Dans ce cadre, les délégations ont notamment examiné la mise en œuvre de la Déclaration de Kampala du Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique, ainsi que les priorités liées à la gestion durable des terres, des ressources en eau et des écosystèmes halieutiques et pastoraux. 
 

L’intégration explicite de la pêche et de l’élevage dans les politiques agricoles marque un glissement important vers une approche plus systémique des systèmes alimentaires africains. 
 

La stratégie 2026-2035 du CAADP, au centre des débats, illustre cette ambition. Elle fixe des objectifs structurants : mobiliser 100 milliards de dollars d’investissements, augmenter la production agroalimentaire d’environ 45 %, tripler le commerce intra-africain et réduire de moitié les pertes post-récolte. 
 

Ces engagements supposent une transformation coordonnée des filières agricoles, mais aussi des systèmes d’élevage et de pêche, encore insuffisamment valorisés dans les chaînes de valeur. 
 

Au fil des échanges, les participants ont mis en évidence les contraintes persistantes qui freinent cette transition : dégradation des sols, stress hydrique, pression sur les ressources halieutiques, fragilité des systèmes pastoraux et insuffisance des infrastructures de transformation. Ces défis sont toutefois de plus en plus abordés sous l’angle des opportunités d’investissement et de réforme structurelle. La question de la valeur ajoutée a également occupé une place centrale. 
 

L’Afrique capte encore une part limitée de la richesse issue de ses ressources agricoles, pastorales et halieutiques, en raison de chaînes de valeur insuffisamment développées et d’une transformation locale limitée. Cette situation renforce l’intérêt pour la bioéconomie et pour une industrialisation mieux articulée des filières agroalimentaires. 
 

Dans cette perspective, les initiatives portées par la FAO, notamment « Hand in Hand » et « One Country One Priority Product » (OCOP), ont été mises en avant comme des outils opérationnels visant à relier investissements, innovation et marchés. Elles traduisent une approche plus ciblée et territorialisée du développement, intégrant les complémentarités entre agriculture, élevage et pêche. 
 

Progressivement, un enjeu transversal s’est imposé dans les débats : celui du financement. La transformation des systèmes agroalimentaires africains nécessite des mécanismes innovants de mobilisation de capitaux, une participation accrue du secteur privé et une meilleure coordination régionale pour passer des engagements politiques à des résultats concrets.
 

Enfin, dans un contexte international marqué par l’instabilité des marchés, les tensions géopolitiques et les chocs climatiques, la sécurité alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique majeur. L’approche multisectorielle portée à Nouakchott traduit ainsi une évolution profonde : celle d’une transition vers des systèmes agroalimentaires intégrés, combinant agriculture, élevage et pêche dans une logique de résilience, de souveraineté et de création de valeur sur le continent africain.