À mesure que les tensions régionales alimentent les inquiétudes, une idée pernicieuse gagne du terrain : celle selon laquelle le Mali nourrirait des ambitions territoriales sur la Mauritanie. Cette thèse, répétée sans preuve, relève moins de l’analyse que de la construction d’un imaginaire de peur. Il est temps de la déconstruire avec fermeté.
Disons-le clairement : rien, absolument rien, dans la posture actuelle de Bamako, ne permet de soutenir l’hypothèse d’une volonté d’expansion vers le territoire mauritanien. Le Mali fait face à une équation autrement plus urgente : restaurer son autorité sur son propre territoire. Entre insécurité persistante, recomposition politique interne et défis économiques majeurs, le pays est engagé dans une lutte pour sa stabilité. Dans ces conditions, ouvrir un front contre un voisin serait non seulement irréaliste, mais profondément contre-productif.
En réalité, cette rhétorique alarmiste en dit davantage sur ceux qui la propagent que sur la situation elle-même. Elle révèle une tendance à surinterpréter les tensions régionales, à projeter des scénarios de confrontation là où il n’y a, au mieux, que des frictions marginales et contrôlées. Pire encore, elle risque de créer les conditions mêmes de ce qu’elle prétend dénoncer : la méfiance, la crispation, et à terme, l’escalade.
Car il faut le rappeler avec lucidité : le rapport de force n’est pas défavorable à la Mauritanie — loin de là. Le pays a construit, avec constance, un appareil sécuritaire efficace, particulièrement adapté à son environnement sahélo-saharien. Sa maîtrise du territoire, sa capacité de projection dans les zones désertiques et son expérience dans la lutte contre les menaces asymétriques constituent des atouts décisifs. À cela s’ajoute une stabilité institutionnelle qui fait aujourd’hui défaut à plusieurs États de la région.
Mais la véritable force de la Mauritanie ne réside pas uniquement dans ses capacités militaires. Elle tient aussi à sa lucidité stratégique. Nouakchott a fait le choix de la retenue, du sang-froid et de la non-escalade. Ce choix n’est ni naïf ni passif : il est profondément politique. Il consiste à refuser de céder aux provocations, à ne pas se laisser enfermer dans une logique de conflit imposée de l’extérieur ou nourrie par des discours irresponsables.
Il est d’autant plus crucial de préserver cette ligne que les relations entre la Mauritanie et le Mali sont anciennes, complexes, mais profondément imbriquées. Les populations frontalières partagent des liens historiques, économiques et sociaux qui dépassent largement les considérations étatiques. Faire de ces espaces des zones de suspicion permanente serait une erreur stratégique majeure.
La Mauritanie n’est pas un acteur vulnérable que l’on pourrait intimider ou déstabiliser à volonté. C’est un État souverain, conscient de ses intérêts, capable de se défendre et de dissuader toute velléité hostile. Mais c’est aussi un pays qui a compris que, dans un Sahel déjà fragilisé, la guerre entre voisins serait une faute historique.
Il faut donc le dire sans détour : agiter la menace d’une expansion malienne vers la Mauritanie, c’est jouer avec le feu. C’est alimenter des tensions inutiles, détourner l’attention des véritables enjeux et fragiliser des équilibres déjà précaires.
La vigilance, oui. La paranoïa, non.
La Mauritanie n’a ni intérêt à la guerre, ni raison de la craindre.
Sneiba Mohamed
Journaliste politique
