En cette fin du mois d'avril 2026, le Conseil de sécurité de l'ONU a consacré deux sessions les 23 ( NDLR jeudi passé) et le 30 avril (jeudi prochain ) au dossier du Sahara Occidental: la première, pour permettre à l'envoyé personnel Staffan de Mistura et au chef de la MINURSO, Alexander Ivanko, de présenter leurs rapports sur l'évolution du processus politique et la situation sécuritaire sur le terrain et la seconde, est dédiée spécifiquement au mandat de la MINURSO.
Au-delà des négociations
Ces réunions auraient pu être comme toutes celles qui ont existé dans le passé avec une prolongation du mandat de la MINURSO et le maintien du statut quo ante.
Mais non. Cette fois, l'ONU a intégré, dans ses réflexions, la mise en œuvre de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, qui considère et consacre le plan d'autonomie comme l'unique base de négociation "réaliste". Un plan d'autonomie marocain dont la copie a été révisée, incluant une proposition d'assemblée élue et l'amnistie des indépendantistes et le retour des sahraouis réfugiés dans les camps de Tindouf.
De même que l’ONU intègre désormais dans ses réflexions, les résultats des médiations parallèles menées par le représentant spécial du président Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, pour aboutir à un accord-cadre définitif d'ici l'été 2026, ardement souhaité par le président américainTrump qui avait déjà reconnu à la fin de son premier mandat en 2020, la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et qui pousse, à présent, pour une résolution définitive basée sur le plan d'autonomie marocain.
Ces médiations parallèles ont commencé par des discussions menées les 8 et 9 février dans l’enceinte de l’ambassade des États-Unis à Madrid, en Espagne, dans une confidentialité absolue avant d'évoluer en négociations intensives à Washington impliquant le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Front Polisario.
Cela d'autant plus que cette accélération diplomatique, la troisième en un mois, en vue d’une résolution rapide du conflit, intervient dans un contexte où le soutien international au plan marocain se renforce comme si le Royaume forçait la main du destin pour une dernière fois avec une force de frappe diplomatique multipliée.
Ainsi, lors de sa 46ᵉ session, le Conseil de Coopération du Golfe, qui regroupe l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et Oman, a salué la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU.
S’en suivent des annonces fracassantes comme le retrait de la reconnaissance de la RASD par le Mali et le Honduras, la réaffirmation du soutien du Royaume-Uni, de l'Autriche, de la Suisse, de la Belgique, au plan d'autonomie marocain.
L'offensive diplomatique marocaine réussira aussi un rapprochement du Royaume l’Egypte et convaincra le Niger de rejoindre l’Initiative royale pour l'atlantique portée par le Roi Mohamed VI, et des pays comme le Gabon et le Kenya qui privilégie ses intérêts économiques ne tardent pas à apporter leur soutien au Maroc dans un partenariat gagnant-gagnant basé sur les échanges et les intérêts communs.
Comme quoi l'ancienne colonie espagnole du Sahara occidental, vaste territoire riche en minerais, en grande partie contrôlée par le Maroc, est en passe de basculer avec ce large soutien international dont bénéficie le plan de souveraineté marocain.
Pourtant, rassemblés, le 27 février dernier, pour marquer le 50e anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique, la Direction du Front Polisario et les sahraouis des camps de Tindouf, continuent de croire fermement au rêve d'indépendance et s’accrochent à un droit inaliénable à l’autodétermination de plus en plus irréalisable.
Accord de défense USA-MAROC
Pendant ce temps de réactivation du dossier du Sahara Occidental par des négociations intensives pour le résoudre, le Royaume du Maroc et les États-Unis ont scellé, le 13 avril 2026, un accord de défense stratégique 2026-2036. Cet accord n’est pas, seulement qu’une énième nouvelle étape dans leur partenariat militaire visant à faire du Royaume un hub régional pour la maintenance et la production d'équipements militaires, ni seulement un autre soutien continu qui élève le Maroc au rang d'allié stratégique majeur hors-OTAN, mais beaucoup plus.
D'abord du point de vue du timing de cet accord, force est de constater que le renforcement militaire du Maroc qui témoigne de la solide alliance stratégique indéfectible existante entre Rabat et Washington, est un levier de négociation décisif en ce sens qu'il met la pression sur les autres parties (l'Algérie, le Polisario et la Mauritanie) en les poussant vers une "pax americana" où la solution d'autonomie sous souveraineté marocaine devient la seule issue réaliste pour trouver une solution définitive au conflit du Sahara Occidental.
Par ailleurs, l'accord de défense garantit au Royaume une supériorité technologique (systèmes HIMARS, F-16 Block 72) indispensable pour dissuader toute déstabilisation régionale, notamment liée au conflit iranien.
Car, ne l'oublions pas, la signature de cet accord qui s'étale sur dix ans, intervient en pleine guerre américano-israélienne contre l'Iran avec un blocus du détroit d'Ormuz depuis fin février 2026. Or, l'Iran est accusé de fournir des drones et des ressources au Front Polisario.
C’est dire que dans ce contexte, l’impact de cet accord est à la fois sécuritaire et politique pour le Maroc.
Certes, les États-Unis y gagnent parce qu'il leur permet de stabiliser le flanc ouest-africain pendant qu’ils sont mobilisés au Moyen-Orient mais le Maroc y gagne aussi et doublement, parce qu'il lui sert à la fois de garantie sécuritaire face à l'instabilité générée par la guerre en Iran, et de moteur diplomatique pour clore définitivement le dossier du Sahara.
Mohamed Ould Khattatt
