Dakar : Mohamed Bemba Meguett alerte sur la fragilisation sécuritaire du Sahel à l'APF

Pendant trois jours, la capitale sénégalaise réunit présidents d’assemblées et parlementaires francophones du continent autour des crises géopolitiques, de la souveraineté africaine et du rôle des parlements dans la consolidation de la paix.

C’est à Dakar que les délégations africaines de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie se sont retrouvées ce lundi matin pour ouvrir la 32e édition de leur assemblée régionale. Trois jours de travaux qui s’annoncent chargés, dans un contexte continental particulièrement tendu.

Le président de l’Assemblée Nationale M. Mohamed Bemba Meguett a pris la parole au cours de cette rencontre, mettant en exergue, ce qu’il a qualifié de turbulences traversées par le continent.

Il a évoqué à ce propos, dans un communiqué publié par la Direction de communication de cette auguste Chambre parlementaire, le terrorisme fragilise l'espace sahélien, les dérèglements climatiques bouleversent la vie quotidienne de millions d'Africains.

Ci-après l’intégralité de ce discours :

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Présidents des Assemblées parlementaires,

Honorables parlementaires,

Permettez-moi d'abord d'adresser nos sincères remerciements aux autorités sénégalaises et à la section sénégalaise de l'APF pour l'accueil fraternel qui nous est réservé ici, à Dakar.

Notre présence aujourd'hui dépasse le cadre d'une réunion institutionnelle ordinaire. Elle intervient à un moment où l'Afrique francophone est confrontée à une interrogation profonde sur son avenir et sur la capacité de ses institutions à répondre aux attentes de ses peuples.

Notre continent traverse une période de turbulences majeures : le terrorisme fragilise l'espace sahélien, les dérèglements climatiques bouleversent la vie quotidienne de millions d'Africains, et une grande partie de notre jeunesse peine à trouver des perspectives dignes. Pendant que le monde se recompose à travers de nouvelles rivalités géopolitiques, nos États font face à une exigence devenue centrale : restaurer la confiance — entre les citoyens et leurs institutions, entre les peuples et l'action publique. Nos peuples ne nous demandent pas des discours rassurants. Ils nous demandent des résultats.

Mesdames et Messieurs,

Les thèmes de cette Assemblée traduisent la gravité des enjeux.

Sur la question des crises internationales et de la souveraineté africaine : L’Afrique ne peut plus être un simple espace de compétition entre puissances extérieures. Elle doit devenir actrice de sa propre sécurité et de sa gouvernance stratégique. Nos Parlements ont ici un rôle fondamental : contrôle des politiques publiques, diplomatie parlementaire, consolidation de l'unité nationale et défense des intérêts souverains.

Sur la situation au Proche et Moyen-Orient : les conflits prolongés ont des répercussions bien au-delà de leurs frontières. Les parlements africains doivent porter une voix responsable — en faveur du dialogue, du droit international et d'une paix juste et durable. L'Afrique, forte de son expérience de médiation et de réconciliation, peut contribuer utilement à un monde de plus en plus fragmenté.

La grande leçon de cette période est la suivante : la stabilité ne se construit pas uniquement avec des dispositifs sécuritaires. Elle se construit avec la justice sociale, une gouvernance crédible, l'inclusion des jeunes, des institutions respectées et, surtout, le dialogue.

En Mauritanie, sous la conduite de Son Excellence le Président Mohamed Cheikh El Ghazouani, notre pays œuvre à consolider un modèle fondé sur l'apaisement, la cohésion nationale et le développement humain. Nous défendons avec constance trois priorités : renforcer l'État de droit, consolider la justice sociale et approfondir la coopération régionale. Car aucun de nos États ne pourra relever seul les défis auxquels l'Afrique est confrontée.

Mesdames et Messieurs,

Nos parlements ont aujourd'hui une responsabilité historique. Ils doivent devenir des lieux d'écoute, de médiation, d'anticipation et de construction du consensus — et non plus seulement des espaces de production législative.

Dans cette perspective, l'APF doit jouer un rôle plus audacieux. Nos peuples attendent une Francophonie qui parle davantage d'emploi, d'éducation, de souveraineté alimentaire, de climat et de jeunesse ; une Francophonie qui écoute l'Afrique, respecte les souverainetés et privilégie le partenariat sur les rapports de dépendance.

 L'Afrique francophone n'est plus une périphérie : elle devient un espace stratégique dans un monde en recomposition, et cette réalité nous oblige à porter une parole africaine plus unie et plus affirmée.

L'avenir de notre continent dépendra de notre capacité à investir dans notre jeunesse. Le dividende démographique africain n'est pas automatique : il exige une école performante, une économie créatrice d'opportunités et une gouvernance ouverte. Une jeunesse marginalisée est une fragilité ; une jeunesse formée et confiante est la plus grande force d'une nation.

Je forme le vœu que les travaux de cette Assemblée de Dakar contribuent à faire émerger une coopération francophone fondée non sur l'assistance, mais sur le partenariat véritable — non sur les dépendances héritées, mais sur les ambitions de l'avenir.

     Ce que nos peuples attendent de nous est simple : des institutions qui protègent, des États qui rassemblent, et une Afrique qui avance debout, souveraine et maîtresse de son destin.

Je vous remercie de votre attention