4. Flambée de l'aliment de bétail et du transport : Pourquoi le mouton de l’Aïd est cher cette année

À l’approche de la fête de l'Aïd El-Adha, les marchés de la capitale mauritanienne tournent à plein régime. Cette effervescence commerciale témoigne du dynamisme économique propre à cette grande fête religieuse, même si le contexte actuel met en lumière de fortes disparités entre l'affluence des clients et la réalité des prix.

Une tournée sur le terrain effectuée par l’Agence Mauritanienne d’Information (AMI) dans deux places fortes de la wilaya de Nouakchott-Nord — le marché à bétail de Dar-Naïm et le marché aux vêtements de Teyarett — permet de prendre le pouls de cette activité, mais aussi de mesurer les défis économiques qui pèsent sur les commerçants et les consommateurs.

Au marché de bétail de Dar-Naïm, l’offre est particulièrement abondante. Pourtant, la fréquentation reste pour l'instant en deçà des attentes des vendeurs. En cause : une hausse marquée des prix des petits ruminants, accentuée par l'explosion des coûts d'élevage et de transport qui doublent traditionnellement durant la saison estivale.

M. Mohamed Ould Laghdhaf, éleveur, explique cette flambée par des facteurs structurels bien précis : « La hausse des prix des bêtes de sacrifice cette année s'explique principalement par la forte augmentation du prix des aliments pour bétail, le sac atteignant désormais environ 1 600 MRU. À cela s'ajoute la hausse des coûts de transport du bétail depuis les villes de l’intérieur, comme Djiguenni et Adel Bagrou, où acheminer une seule tête de bétail coûte aujourd'hui entre 300 et 400 MRU. »

Des prix élevés mais sans spéculation, selon les négociants

Pour M. Sidi Ould Haidi, négociant en bétail, la situation financière des vendeurs reste pourtant serrée malgré des prix affichés élevés. Il assure que le marché est très bien approvisionné et qu'aucune spéculation sauvage n'est à déplorer.

« Le prix moyen d’un mouton de sacrifice varie actuellement entre 9 5000 et 100 000», précise-t-il. « La marge bénéficiaire du commerçant demeure très limitée, ne dépassant généralement pas 100 à 300 MRU par tête. Ce gain sert avant tout à couvrir une partie des frais logistiques qui ne cessent de grimper. »

Du côté des acheteurs, le son de cloche est radicalement différent. De nombreux citoyens venus au marché ont exprimé leur profonde inquiétude et leur mécontentement face à ces tarifs. Pour beaucoup d'entre eux, ces augmentations sont jugées « injustifiées » et se heurtent de plein fouet à la baisse du pouvoir d'achat d'une grande partie des ménages nouakchottois, qui peinent à budgétiser le sacrifice rituel cette année.