Une personne a eu l’amabilité de me transmettre un rapport détaillé sur le débat important, utile et constructif qui s’est déroulé sur cet espace, ainsi que sur d’autres plateformes, autour de la question suivante :
Quelle option est la plus efficace, la plus utile et la plus équitable : que l’État assume le coût nécessaire pour maintenir les prix des carburants à leur niveau d’avant-guerre, ou qu’il garantisse un soutien partiel tout en mettant en place une aide ciblée en faveur des citoyens les plus modestes ?
Au préalable, je tiens à saluer la qualité des échanges et des contributions qui ont accompagné cette discussion (du moins d’après les informations qui m’en sont parvenues), à laquelle ont pris part des responsables politiques, des intellectuels, des experts, des techniciens, des spécialistes et, plus généralement, des personnalités d’opinion. Cette expérience a renforcé ma conviction quant à l’importance d’un débat ouvert et constructif sur les politiques publiques. La qualité de la décision publique, l’efficacité de sa mise en œuvre et les possibilités de son amélioration sont d’autant plus grandes que son examen est ouvert à l’ensemble des parties concernées.
Mon souhait le plus sincère est que cet espace demeure un lieu de débat riche, ouvert, constructif et objectif sur toutes les questions d’intérêt général, et que ses participants y trouvent une matière suffisamment substantielle pour les détourner de nombreux contenus qui circulent malheureusement aujourd’hui et qui, bien souvent, nuisent davantage qu’ils ne servent, détruisent davantage qu’ils ne construisent.
Je me limiterai ici à commenter un certain nombre d’idées importantes et de questions pertinentes qui ont été soulevées à plusieurs reprises au cours de ces échanges.
1. Premièrement : ne faudrait-il pas plutôt se demander pourquoi nous n’étions pas préparés à faire face à une telle situation ?
Si le pays avait adopté une véritable planification stratégique et disposait de capacités suffisantes de stockage et de raffinage, sa capacité à absorber le choc et à en supporter les conséquences aurait été renforcée, au moins à court terme. Pourquoi n’avons-nous pas encore réussi à atteindre l’autosuffisance alimentaire qui nous permettrait de réduire notre dépendance aux marchés extérieurs ?
Je partage entièrement cette analyse, tout en me permettant deux observations :
La première concerne la décision prise par Son Excellence le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à la suite des enseignements tirés de la crise du Covid-19, de doubler les capacités nationales de stockage des produits pétroliers. Les gouvernements successifs ont travaillé à la mise en œuvre de cette orientation. D’ici quelques semaines, notre pays disposera ainsi d’une nouvelle capacité de stockage d’environ 213 000 m³ (123 000 m³ supplémentaires à Nouakchott et la réhabilitation de 90 000 m³ à Nouadhibou), soit l’équivalent de l’ensemble des capacités construites depuis l’indépendance. Je ne dispose certes pas de la réponse à la question de savoir pourquoi nous avons attendu si longtemps.
La seconde observation concerne la création d’une industrie nationale de raffinage. Toutes les études réalisées ont montré que la taille actuelle du marché national des carburants ne permet pas d’assurer une rentabilité économique suffisante pour attirer ce type d’investissement.
Quant à la souveraineté alimentaire, elle constitue l’un des axes majeurs du programme du Président de la République et l’un des principaux chantiers de l’action gouvernementale. Grâce à Dieu, nous avons déjà atteint l’autosuffisance en riz, même si des efforts restent nécessaires pour améliorer les rendements et réduire les coûts de production. Nous couvrons également environ 40 % de nos besoins en légumes de base. Nous préparons actuellement l’introduction de la culture du blé et du maïs ainsi que l’amélioration de la productivité de l’agriculture pluviale. Par ailleurs, plusieurs projets structurants sont en cours : creusement de canaux agricoles, aménagement de terres, raccordement à l’électricité et réalisation d’infrastructures routières.
2. Deuxièmement : n’aurait-il pas été préférable d’exonérer les carburants des taxes ?
Les taxes sur les carburants ne sont-elles pas excessives par rapport à celles pratiquées dans d’autres pays ? La principale cause de la hausse des prix n’est-elle pas liée à la marge des fournisseurs ?
Pour répondre à ces questions, il convient de rappeler quelques données et faits.
Le prix des carburants peut généralement être décomposé en cinq éléments principaux :
1. Le prix sur le marché international ;
2. Les coûts de transport, d’assurance et de stockage ;
3. La marge du fournisseur ;
4. Les taxes et prélèvements (TVA, accises, droits de douane, taxe carbone) ;
5. Les coûts de distribution et d’exploitation des stations-service.
Le prix du litre de gasoil sur le marché international est passé de 514 anciennes ouguiyas avant le début de la guerre à 669 anciennes ouguiyas en mars, puis à 812 en avril et enfin à 779 en mai.
Le montant des taxes et prélèvements par litre est passé de 184 anciennes ouguiyas avant la guerre (soit 36 % du prix à la pompe) à 188 en avril (32 % du prix à la pompe), puis à 180 en mai (29 % du prix à la pompe).
Quant à la rémunération du fournisseur, qui couvre notamment les coûts du stock stratégique, du stock d’exploitation, les charges opérationnelles et sa marge bénéficiaire, elle s’élève à 79,86 dollars par tonne de gasoil, soit l’équivalent de 27 ouguiyas par litre. Il convient de souligner que cette composante est restée inchangée durant toute la crise, malgré les demandes répétées du fournisseur. Il faut également rappeler que ce montant résulte d’un appel d’offres international ouvert organisé en 2023 ; il s’agissait de l’offre la moins chère, et celle-ci a même été réduite de 14 dollars lors de la prolongation du contrat pour une année supplémentaire.
Il ressort de ce qui précède que :
La part des taxes a diminué par rapport à la situation d’avant-guerre, passant de 36 % à 29 % du prix à la pompe ;
Le niveau de taxation en Mauritanie n’est pas particulièrement élevé par rapport à celui observé dans des pays présentant des caractéristiques économiques et sociales comparables ;
La marge du fournisseur est demeurée constante et représente moins de 5 % du prix à la pompe.
3. Troisièmement : n’aurait-il pas été plus judicieux d’investir les sommes importantes consacrées aux programmes sociaux dans des projets économiques plus rentables ?
Qui garantit que ces aides parviendront effectivement à leurs bénéficiaires ? Ne risquent-elles pas de devenir une source d’enrichissement pour certains ?
Je crois que le gouvernement, dans le cadre de la mise en œuvre du programme du Président de la République, s’appuie sur des politiques diverses et complémentaires. L’allocation de ressources à l’aide sociale directe n’exclut nullement la poursuite des programmes économiques à caractère stratégique. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement a veillé, dans toute la mesure du possible — et y est parvenu jusqu’à présent — à ce que le soutien aux prix des carburants n’entrave pas les programmes de développement en cours.
Par ailleurs, accorder une discrimination positive aux citoyens les plus modestes constitue une orientation fondamentale de la vision du Président de la République. Sa philosophie repose sur l’idée qu’en attendant les fruits des réformes et des programmes de développement, il est nécessaire d’accompagner et de soutenir les catégories les plus vulnérables.
Quant aux garanties relatives à l’acheminement effectif des aides vers leurs bénéficiaires, je peux affirmer qu’aucun effort ne sera épargné et que toutes les mesures nécessaires seront prises à cet effet.
4. Quatrièmement : une lutte plus vigoureuse contre la corruption ne permettrait-elle pas de dégager les ressources nécessaires pour soutenir les prix des carburants ?
N’aurait-il pas été préférable de rationaliser davantage les dépenses publiques et de suspendre certains projets afin de financer ce soutien ? Notre pays n’est-il pas suffisamment riche en ressources naturelles pour résoudre ses problèmes de développement ?
En réponse à ces interrogations, je souhaiterais formuler les observations suivantes :
La lutte contre la corruption et la maîtrise des dépenses de fonctionnement de l’administration sont des impératifs permanents, avant la crise, pendant celle-ci et après celle-ci.
Je peux assurer que l’ensemble des efforts du gouvernement est orienté vers la lutte contre la corruption et l’assèchement de ses sources, par tous les moyens disponibles. Une grande partie des critiques, des campagnes de dénigrement et parfois même des attaques dont nous sommes l’objet constitue la réaction de ceux qui se sentent lésés par cette lutte. Cela ne signifie évidemment pas que nous ayons éradiqué ce fléau ni remporté une victoire définitive. Mais nous pouvons affirmer que nous remportons de nombreuses batailles et que les efforts accomplis ont déjà permis de préserver des ressources considérables.
À ce sujet, il serait utile de s’interroger :
Premièrement
Comment le gouvernement a-t-il pu, dans un contexte de crise mondiale, consacrer 35 milliards d’anciennes ouguiyas au soutien des prix des carburants (pour seulement trois mois), maintenir les tarifs de l’électricité, financer deux programmes d’aide aux citoyens les plus modestes pour plus de 18 milliards d’ouguiyas, sans interrompre aucun programme économique ou social, sans retarder le paiement d’aucune facture due à un partenaire, sans créer de nouvelles taxes, sans recourir à l’endettement ni solliciter une aide internationale ?
Cela n’aurait pas été possible sans les avancées réalisées en matière de souveraineté financière grâce à une meilleure mobilisation des ressources publiques, à une gestion plus rigoureuse des dépenses et à la lutte contre la corruption et le gaspillage.
Deuxièmement
Plus généralement, comment le gouvernement a-t-il réussi, pour la première fois depuis l’indépendance, à mobiliser des centaines de milliards de ressources propres et à les consacrer au financement de grands projets d’investissement ?
Après avoir cherché à identifier les principaux projets financés sur ressources propres de l’État entre l’indépendance et 2019, il apparaît que le plus important était le Centre international de conférences Al Mourabitoune, pour environ 16 milliards d’ouguiyas, suivi du projet du canal d’Aftout Es-Sahli (14 milliards) et de la route M’Gheirya–Tidjikja (près de 10 milliards).
Sous le mandat de Son Excellence le Président de la République, et grâce aux résultats obtenus dans la lutte contre la corruption et la récupération des ressources du Trésor public, nous avons acquis une véritable souveraineté financière qui nous a permis de financer, exclusivement sur ressources nationales, plusieurs projets majeurs :
230 milliards d’ouguiyas pour le programme d’accès aux services essentiels de développement dans les régions de l’intérieur ;
plus de 100 milliards pour la deuxième phase du programme de développement de Nouakchott ;
plus de 70 milliards pour la première composante du projet d’assainissement ;
plus de 60 milliards pour la première phase du programme de développement de Nouakchott ;
plus de 40 milliards pour la réhabilitation de la Route de l’Espoir (Aleg–Néma) ainsi que de l’axe Boghé–Kaédi ;
plus de 30 milliards pour la construction de la centrale électrique de 72 MW ;
plus de 13 milliards pour le creusement du canal agricole de Skam ;
plus de 13 milliards pour la construction des routes Sawata–Monguel et Sawata–Barkéol ;
plus de 5 milliards pour l’ouvrage de traitement des eaux d’Aftout Es-Sahli.
À cela s’ajoutent les différentes augmentations salariales ainsi que l’extension des programmes sociaux.
Où étaient donc ces ressources auparavant ? À quelles fins étaient-elles utilisées ? Une nouvelle source de revenus est-elle apparue ?
La réponse est clairement non.
Tout cela résulte simplement d’une meilleure mobilisation des ressources existantes, d’une allocation plus efficace vers les projets les plus productifs et d’une protection accrue contre les détournements liés à la corruption.
Nous prions Dieu Tout-Puissant de nous permettre de sortir rapidement de cette crise et de poursuivre, sous la conduite et les orientations de Son Excellence le Président de la République, la mise en œuvre des projets stratégiques en cours, le lancement de nouvelles initiatives, l’amélioration des conditions de vie des citoyens, l’augmentation des salaires des travailleurs, notamment dans les secteurs stratégiques que sont l’éducation, la santé, la défense, la sécurité et les pensions des retraités.
Au regard de ce qui précède, j’espère et je crois que les éléments de réponse à la question que certains aiment poser de manière récurrente — « Où vont nos impôts ? » — apparaissent désormais plus clairement.
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Note : Veuillez m’excuser pour les éventuelles erreurs linguistiques ou orthographiques. La longueur du texte ne m’a pas permis d’effectuer toutes les relectures souhaitables.
Traduction : Sneiba Mohamed
